V-Horror : Le cinéma de genre vietnamien s'invite à Gérardmer !

Nicolas Leprêtre
Mardi 7 janvier 2025 - 10:20
gerardmer 2025

V-Horror : Le cinéma de genre vietnamien s'invite à Gérardmer !

Le Festival de Gérardmer a plus que jamais à cœur d’être à l’affût de la création internationale et de défricher les dernières tendances du genre.

Promesse sera tenue cette année avec un focus inédit de trois longs métrages horrifiques venus du Vietnam, qui permettra aux spectateurs du festival d’être les premiers témoins de l’émergence d’un nouveau territoire sur la mappemonde cinéma et d’une production se hissant au niveau des standards internationaux, grâce notamment au soutien avisé et précieux des services culturels de l’Ambassade de France au Vietnam.

L’occasion aussi d’observer que le genre fantastique, d’où qu’il vienne, préserve son identité unique et ses folklores propres, sans se départir de sa puissance subversive, notamment vis-à-vis d’une société patriarcale et violente, pétrie de croyances ancestrales…
 

Aude Hesbert
Directrice du Festival

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V-Horror : le phénomène vietnamien qui secoue les écrans

Si le cinéma d’auteur vietnamien aligne actuellement les prix et les accolades dans les festivals européens, le cinéma populaire de ce pays d’Asie du Sud-Est, notamment son cinéma d’horreur, connait une dynamique commerciale tout aussi impressionnante. Bien que la production cinématographique de ce pays communiste se soit ouverte au secteur privé il y a seulement 25 ans, c’est grâce à deux facteurs clés que le cinéma vietnamien s’est propulsé dans l’ère du divertissement : le retour de la diaspora vietnamienne de Californie, portant avec elle l’expertise hollywoodienne, et les investissements massifs des conglomérats sud-coréens, qui ont construit en à peine une décennie un parc de salles ultra-modernes. Cette ouverture aux investisseurs étrangers, dans un secteur aussi sensible politiquement, contraste fortement avec la situation en Chine, où le protectionnisme est de mise sur les écrans. Autre différence de taille avec le voisin chinois, le Vietnam a instauré depuis 2017 un système de classification qui donne un cadre légal aux films destinés à un public mature. Ce changement a permis l’émergence d’œuvres plus violentes et gore et fait évoluer le cinéma de genre au-delà de la comédie paranormale, même si les œuvres les plus extrêmes, comme Kfc de Lê Bình Giang sont totalement bannies des écrans en raison d’une censure qui reste stricte. Par ailleurs, le développement d’un écosystème VFX, d’abord orienté vers la sous-traitance pour des séries coréennes, a permis au cinéma de genre local de viser une ambition visuelle plus grande, comme en témoigne le plan de « face ripping » dans Vietnamese Horror Story de Trần Hữu Tấn. À cela s’ajoute un riche folklore local, peuplé de créatures et de fantômes issus de contes et légendes régionales, comme la Ma Da du delta du Mékong, qui nourrit l’imaginaire des cinéastes. Le public, majoritairement jeune et souvent en couple, accueille ces films avec un enthousiasme croissant. En janvier 2024, Crimson Snout de Lưu Thành Luân est devenu le premier film d’horreur vietnamien à dépasser le million d’entrées, et depuis, pas moins de quatre autres films ont franchi cette barre. Et ces succès commencent à s’exporter en Asie. 2025 sera-t-elle l’année du raz-de-marée V-Horror ? Début de réponse à Gérardmer.

Jérémy Segay
Attaché audiovisuel régional Asie du Sud-Est

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